La nuit de la Saint-Sylvestre s’accompagne souvent de vœux pieux et d’intentions louables me disait-on, adolescente. Mais la résignation et/ou l’oubli reprennent vite le dessus une fois adulte. Cette année, j’émets un souhait : la volonté d’être volontaire…




Une jolie robe, un bel ensemble, des accessoires de bon goût… C’est le jour - le soir plutôt – où les gens se mettent sur leur 31 ; où les rires s’enchaînent, les verres trinquent, les gorges se dénouent ; où on oublie un temps les tracasseries, où je quitte temporairement mon rebondissant compagnon Molten*, et puis les vœux s’échangent passé minuit… Ils proviennent de tout horizon, sont de toute nature, s’accompagnent d’embrassades ou tintent sur le smartphone : « Que Dieu te protège et t’accompagne dans toutes tes entreprises » ; celui-là est signé de mes proches les plus croyants ; « Je souhaite que tes voeux les plus chers se réalisent » ou encore « Que l’amour soit ton souffle de vie et le bonheur ton guide » pour les plus inspirés. Je reçois ces ondes positives avec amour et bienveillance. J’apprécie l’attention que m’accorde mon entourage même si certains pratiquent le rituel sans réelle conviction…



Mais avant de souhaiter qu’un rêve se réalise, encore faut-il en avoir. Depuis que mon bien-être est ma priorité, je suis en permanence en train de réfléchir à une façon d’être utile et épanouie. La période est propice aux bilans, à l’introspection. Dans mon esprit, une question en cache une autre, telle une poupée russe qui se démultiplie. « Est-ce que ma vie suit un sens cohérent qui me correspond ? » ; « Si tel n’est pas le cas , que  pourrais-je faire qui irait dans ce sens ? » ; « quels sont les moyens dont j’ai besoin pour réaliser mes projets ? » ; et puis celle-là qui taraude le lot de mes pensées : « qu’est-ce que j’attends pour commencer ? »…



Comme d’autres se promettent d’arrêter de fumer ou de perdre du poids, je me donne deux objectifs à terme : l’organisation de camps de basket et ma contribution à des aides humanitaires. En 2011, j’avais organisé un camp de basketball en Martinique au cours duquel Mathias Lessort s’était distingué au point d’être recruté par le club de Châlons-sur-Saône la même année, avant d’obtenir son ticket d’entrée en NBA en se faisant drafter en 2017 par les Philadelphia Sixers. Cette ascension est le fruit de son équilibre émotionnel, de sa détermination et des heures interminables qu’il a passées sur le terrain. Son parcours méritoire, exemplaire, me motive à en faire davantage pour d’autres jeunes qui, comme Mathias, aspirent à tenter l’aventure chez les pros.

Les effets secondaires de Lenny



Toutes les îles du bassin caribéen vivent sous un climat tropical où cohabitent régulièrement séisme, dépression, tempête tropicale, cyclone. Pratiquement chaque année, une île est sévèrement touchée par un cataclysme naturel. Je me souviens de celui qui avait frappé la Martinique en 1999, peu avant que je rejoigne la métropole : j’avais douze ans lorsque la présentatrice du JT de « Télé Martinique » avait annoncé l’approche du cyclone Lenny. Son arrivée sur l’île avait été prévue pour le 17 novembre.



Ma grand-mère, Gabrielle, qui est la femme formidable qui m’a élevé, avait anticipé l’imminence de ce sinistre au cours de la semaine d’intervalle qui nous en séparait. Elle savait qu’un cyclone ne signifiait pas seulement une mer démontée, des pluies diluviennes, des crues soudaines, des rues inondées, des arbres abattus, des voitures renversées, des toitures arrachées, des images spectaculaires, mais aussi et surtout rupture d’eau, coupure d’électricité et arrêt de toutes activités commerciales pendant au moins cinq jours en fonction des dégâts.. Elle s’était alors rendue dans divers supermarchés pour faire le plein de courses alimentaires, - principalement des denrées non périssables – mais aussi bougies, lampes torches, eau minérale et viande de porc. Pensez: elle n’était pas la seule à avoir eu cette idée et les ruptures de stocks n’ont pas tardé à apparaître.



À proximité de notre maison coulait un ruisseau. Par mesure de précaution, ma grand-mère eut tôt fait de canaliser son débit à l’aide de planches de bois. Une protection certes précaire mais nous nous sentions prêts à accueillir Lenny. Le jour venu, j’ai vu le ciel s’assombrir, des torrents de pluie dévaler la chaussée, un vent de plus de 200 km/h balayer tout ce qu’il trouvait sur son passage. Mes chiens, Max et Sando, s’étaient réfugiés,, sous le lit de la pièce la plus éloignée de la porte d’entrée. Leur flair, détectait aussi bien la nourriture que l’approche d’un gros temps ! Je n’étais guère mieux lotie qu’eux, calfeutrée chez moi en attendant que Lenny s’affaiblisse. Au petit matin, le calme revenait entre les tentures d’eau qui s’échappaient encore des nuages, mais de plus faible intensité que la veille. Le bilan ? Toute la côte ouest de la Martinique avait été dévastée, maisons soufflées, pontons d’accostage disloqués. Près de 180 personnes avaient perdu leur toit.



Pareil phénomène se produit quasiment chaque année, quelque part dans les Caraïbes. Aujourd’hui, près de vingt ans après le passage de Lenny, je me sens prête à porter secours. Ce qui m’avait tétanisé jeune fille me galvanise désormais. Être bénévole pour distribuer nourriture et vêtements, à celles et ceux frappés par les événements climatiques, pour porter également les premiers secours, pour enfin amener un sourire, une écoute à celles et ceux qui auraient tout perdu, démunis à l’idée de remonter la pente. Voilà un geste qui donnerait un sens à ma vie. Est-ce prématuré d’en parler sachant que ce n’est qu’un désir ? Probablement ! Mais l’évoquer ouvertement est un premier pas avant d’être suivi d’autres sur le terrain. Et vous, quels sont vos objectifs pour 2019, pour repartir comme neuf ?


Bonne Année à tous !


Sandrine


* Marque du ballon de basket FIBA.



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