Le prestige de la Ligue américaine, l’ambiance collective et la réussite avec les Los Angeles Sparks, une autre façon de vivre le basket, l’été en Californie, les saveurs de la culture américaine… Etre plongé dans le tourbillon de la WNBA est un privilège, une chance, un rêve, que j’ai côtoyés à six reprises. Pourtant, j’ai décidé de ne pas y participer cet été. Voici pourquoi.
 

Parce que mon corps a besoin de repos


À fond, toujours ! Depuis que j’ai endossé le statut de joueuse professionnelle voilà de ça douze ans, le basketball n’est plus seulement un jeu, un sport, mais une addiction. Ma vie a constamment tourné autour d’un panier. Il en était le pivot, le socle, le totem. Toujours plus de matches, toujours plus d’entraînements. J’en voulais, j’en veux encore et encore. Entre les plages collectives et les ateliers individuels, j’insérais des séances techniques (adresse, dextérité…) avec mon coach personnel.

Le plaisir intact que j’éprouve à ce jeu et mon obsession viscérale à décrocher des titres m’a motivé à en faire des tonnes. Je m’investissais sur un, deux, jusqu’à trois fronts distincts par an : l’Europe, l’équipe de France et la WNBA. Une boulimie de compétitions qui ne me rassasiait jamais. Un besoin irrépressible qui me laissait parfois pas guère plus de deux semaines dans l’année pour souffler. Et j’adorais ça ! Cet acharnement, m’a permis de progresser rapidement. Mais le côté de la force obscure rôdait : Des petits bobos d’abord, d’autres moins bénins (tendinite rotulienne...) , puis des lésions (aponévrosite plantaire qui m’a valu 3 mois d’arrêt...), des petites douleurs qui ne disparaissaient plus aussi vite…

Aujourd’hui, à l’âge de 30 ans, j’ai préféré dire stop. Stop à cette frénésie tout-terrain, place au qualitatif. Désormais, j’ai choisi de privilégier le repos et les soins. Au sortir de la saison du championnat turc, un bilan médical complet m’attend à mon retour en France, avant d’aborder en toute fraîcheur la préparation pour le Mondial qui se tiendra en septembre prochain à Ténériffe. Eh oui, comme les voitures, on passe par la révision annuelle !


Parce que je veux ménager ma fin de carrière


30 ans, c’est une barre psychologique factice, un barreau comme un autre sur l’échelle des âges. Quand on vit sa passion, quand cette passion nous fait vivre, on se fiche éperdument de l’âge du capitaine pourvu qu’il sache mener son équipage à bon port. Il n’en demeure pas moins qu’est venu le temps de l’anticipation. Ménager son corps, observer ses signaux, être à l’écoute de ces petits clignotants qui, si l’on n’y prend garde, peuvent devenir sonnettes d’alarme. Et garder la tête sur les épaules, préserver sa fraîcheur d’esprit, ne pas se laisser griser uniquement par des performances mais par l’appétit qu’elles suscitent. Dès lors, pour endiguer un phénomène sournois, pernicieux, celui que génère la lassitude, il est préférable de la désamorcer avant qu’elle ne s’insinue. 30 ans, ça me laisse encore de belles années de basket si le corps et la tête s’entendent et se répondent, non ?
 

Parce que je suis une femme


Joueuse, joueuse et joueuse. Voilà ce que je suis. Mais plus seulement. Jouer au basket à haut niveau implique des choix, des priorités, des engagements. Mon corps, mon temps et mon esprit étaient dédiés exclusivement à sa pratique. Une dévotion accaparante, exclusive, refermée sur elle-même, me coupant fatalement d’autres sphères, de partages. Ce sport était la pièce maîtresse de mon échiquier ; non, en fait, il était mon échiquier. J’ai réalisé depuis peu que ma passion, mon exutoire, les excès qui en résultent, m’ont plongé dans un état de fuite involontaire. Je reste pourtant une fille à mon père, une sœur et, depuis peu, une épouse. Je veux vivre aussi pleinement ces rôles.
 

Parce que la vie est courte !


Le temps est précieux, la famille et les amis le sont tout autant. Je suis entourée de personnes merveilleuses que je ne vois que trop peu. Les points de rencontres sont peu fréquents, parfois fugaces, toujours entre deux objectifs de résultats. Nos souvenirs se raréfient. Et puis il y a ce monde dans lequel nous vivons. J’avais tendance à repousser des projets d’ailleurs ou d’autre chose à plus tard, mais ce « plus tard » est bien commode, presque un renoncement qu’on n’ose admettre. J’ai envie de partir à sa rencontre, d’assouvir mes curiosités, de découvrir ses richesses - civilisations, cultures, paysages-. Je souhaite explorer les profondeurs des océans, gravir les montagnes, découvrir des tribus lointaines, explorer les pyramides… Vivre, quoi ! Parce qu’il y a d’autres rêves qui méritent d’être vécus.

 

Sandrine

 

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