Un effectif (largement) remanié et c’est (pratiquement) un retour à la case départ. Un mouvement perpétuel...


La France (Valenciennes), la Russie (Ekaterinbourg), la Turquie (Fenerbahce puis Yakin Dogou) et maintenant l’Italie. J’entame ma quatorzième saison à Schio (prononcez Skio) dans cette jolie ville de Vénétie qui a bonne réputation pour ses anciennes filatures et… son équipe féminine de basket. Pensez : depuis sa création en 1984, le Famila Basket Schio a raflé 9 titres de champion d’Italie, 11 Coupes d’Italie, 9 Supercoupes, 2 coupes Ronchetti et 1 titre d’Eurocoupe. Le plus gros palmarès du championnat italien. Pas mal pour une commune de moins de 40.000 habitants, non?


J’ai débarqué au sein d’un club accueillant, prévenant, avenant. L’Italie, quoi ! Les filles de l’équipe – coachée par Pierre Vincent - sont formidables, vraiment. Leur joie de vivre irradie et quels que soient les aléas sportifs, elles conservent cette bonne humeur face aux épreuves.


Et des épreuves, nous en avons traversées ; de quoi tester l’esprit d’équipe. Si nous rivalisons pour le leadership du championnat, il en est tout autrement en Euroleague : trois défaites pour commencer. Un tableau de marche (boiteuse) qui appelle forcément des questions basiques : qui, quoi, comment, pourquoi ?


Sans jouer les psy de service, deux constats sautent aux yeux : notre déficit d’expérience et le renouvellement de l’effectif, pratiquement du sol au plafond. Sur les douze joueuses en lice, deux sont rescapées du groupe de la saison précédente et nous sommes quatre à avoir déjà évolué dans le gratin européen qu’est l’Euroleague. Rome ne s’est pas fait en un jour dit le proverbe ; une équipe de basket non plus, à Schio ou ailleurs…


C’est l’une des difficultés de notre sport : réapprendre à vivre, à jouer ensemble ; intégrer les facultés de chacune, assimiler les nouvelles directives de jeu, répéter nos gammes encore et encore pour que  la variété des enchaînements devienne plus fluide. On n’adresse pas une passe aveugle réussie après quelques entraînements…


Il me revient en tête le parcours de l’équipe nationale de Russie, la seule à avoir fait plier les wonderwomen américaines, alors invaincues depuis 1994. C’était en 2006, en demi-finale du Mondial 2006 au Brésil. Un succès retentissant qui embellissait une période faste (*)… puis une dégringolade :  treizième de l’Euro 2013 organisé en France, sixième de l’Euro 2015 et même non qualifiée pour le Mondial 2014 ainsi que pour les JO 2016 de Rio. La cata…


Depuis, cette équipe peine à retrouver un rang digne de son prestige. La cause principale ? Le renouvellement drastique – et continuel - de son effectif, voire de sa génération dorée. Un casse-tête pour les entraîneurs qui doivent composer avec des équilibres de force entre l’expérience et la fraîcheur… et les diktats du résultat immédiat. C’est d’ailleurs en toute sagesse que procède Valérie Garnier – la coach de l’équipe de France -, qui intègre à dose homéopathique de jeunes joueuses à un noyau dur existant après les retraites de joueuses cadres. En club comme en équipe nationale, le succès se forge sur le long terme, à force de patience, de raison, de répétitions. Au sein d’un collectif, l’osmose passe par la routine, la stabilité, les affinités, la confiance collective. Par l’humain en somme. Un travail au long cours fragile… qui est remis en question à chaque début de saison en championnat ! Le plus fou, c’est qu’on y croit à chaque fois.



« Il n’y a rien dont ne triomphe un peu de patience » disait Molière. A méditer.



Sandrine


(*) Huit distinctions en treize ans : 3 titres européens (2003, 2007, 2011), 3 fois vice-championnes du monde (1998, 2002, 2006), deux médailles olympiques (bronze en 2004 et 2008).



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