Quand 25 deviennent 75

Ou quand la tête impose au corps de se remettre en jambes.
 

Obtenir des bonnes réponses n’empêchent pas de se poser les bonnes questions.
En matière de préparation, je n’avais jamais vraiment eu à me soucier des programmes d’entraînement prodigués. Du moins jusqu’en début d’année, quand nous avons concédé une série inhabituelle de défaites. Cette période noire a, après coup, stimulé chez moi une véritable introspection.

À y regarder de plus près, cette baisse de régime collective correspondait aussi à la mienne. Cumul de maladresses, déficit d’énergie, et, partant, moral en berne…

Une grosse remise en question s’en est suivie. Qui commença par mon amour-propre.
Et d’accepter ce qui suit : manque considérable de résistance sur les contacts physiques, perte de poids et obstination dans le jeu dos au panier. Le simple fait d’avoir mis des mots sur mes maux constituait mon premier pas. Le second devait m’emmener à la salle de musculation.   

C’était le samedi 4 février dernier: j’attrapais stylo et carnet, et décidais de coucher noir sur blanc les nouvelles méthodes de travail que j’étais sur le point d’essayer. Consigner par écrit permet de garder une trace de ce qui fonctionne bien et moins bien, afin d’être plus efficace.

C’est la première fois que je me suis prise en main ...

Alors, je me creusais la tête : la raison pour laquelle j’avais perdu du poids, à savoir 3kg de muscle, était liée à la réduction considérable de séances de musculation.
En effet, ici, à Fenerbahce, nous réalisons en moyenne une séance de musculation par semaine lorsque nous évoluons à domicile ; et… aucune en déplacement. J’ai vite compris que je tenais là mon premier angle d’attaque: réaliser deux séances de musculation hebdomadaires coûte que coûte!

Certes, mais avec quel contenu?

J’ai toujours gardé dans un coin de ma tête les observations de mon entraîneur d’athlétisme. Laurent trouvait déjà en 2011 que mes membres inférieurs n’étaient pas à… la hauteur d’une joueuse professionnelle.
Autant je n’avais alors prêté que peu d’attention à sa préconisation, autant elle tombait sous le sceau du bon sens en “lisant” mes jambes à travers mes mains et les miroirs. J’avais grandement besoin de travailler mes mollets, mes quadriceps, mes adducteurs, mes ischios, mes abdos... Oui, tout ça !

Jusqu’alors, je m'étais toujours conformé aux séances de musculations imposées, sans jamais y trouver à redire. Mais là, j’avais besoin d’un programme spécifique. Et en décortiquant ma routine, un rapport me sautait bientôt aux yeux : je réalisais 75% d’exercices de bras pour 25% de jambes. Compte tenu de mes besoins du moment, ce rapport me semblait totalement disproportionné. Rééquilibrer les plateaux de la balance eût été plus raisonnable, pourriez-vous penser. Mais je devais porter mon effort sur ce manque identifié. Il me fallait inverser la vapeur...

D’accord, d’accord, mais par où commencer ?

En fait, je disposais déjà de ma propre « banque de données ». D’abord, les programmes précieusement sauvegardés sur ma boîte mail, que m’avaient remis mes anciens préparateurs physiques et ceux du préparateur actuel. A tout cela se sont ajoutés des listings trouvés sur le site Pinterest ou encore des clips vidéos dénichés sur YouTube en vue d’appréhender une nouvelle gamme d’exercices d’abdominaux. Bref, tout un ensemble d’enchaînements prêts à l’usage.

Ainsi dit - mais ainsi fait surtout -, je ressens depuis lors de très bonnes sensations physiques. En deux mois, je redeviens moi... Relation de cause à effet ou pas, nous venons de nous qualifier pour le final four de l’Euroleague (14-16 avril), tournoi rassemblant les quatre meilleures équipes de l’année. Pour y parvenir, nous avons dû défier un challenger de taille: le club espagnol de Salamanque. Ma contribution a été constante sur les deux premières rencontres (12,5pts et 6 rebonds en moyenne); et lors du match d’appui, mes stats sont montées à 16 pts et 6 rebonds.

Bel pasaj’ violon* comme dirait les anciens à la Martinique !

Pendant 23 ans - de mes premiers pas sur le playground de Saint-Joseph en Martinique, au parquet Ulker Arena de Fenerbahce -, j’avais passionnément… et mécaniquement suivi toutes les instructions qui dictaient ma carrière. Mais cette fois-là, je me suis prise en main. Je pense même pouvoir écrire que c’était la toute première fois !
Toute vie d’athlète est portée par un mûrissement physique et intellectuel. On s’appuie sur les savoirs des autres mais aussi sur la connaissance de soi. Entendre autrui, écouter son corps. Là aussi, un éternel jeu de mouvement…

Sandrine
 


* Littéralement on peut le traduire par “Beau passage de violons”. Couramment, cela signifie “Bien joué”
 

3 Comments