Après 10 ans d’absence dans le championnat national, un appel téléphonique – et pas n’importe lequel - m’a fait revenir en France, pour deux mois.  Un retour aux sources vivifiant.

 


Un soir d’octobre dernier. J’étais assise sur mon canapé, à visionner les mini-clips résumant les finales WNBA et la parade des championnes 2017: les Minnesota Lynx de Maya Moore. Les images de liesse me laissaient songeuse. Comment ne pas s’y voir quand notre équipe des Sparks, qui s’était hissée en finale, aurait pu être à leur place, pour revivre ce que nous avions connus l’année précédente : défiler dans les rues de Los Angeles acclamées par une foule en délire, enchaîner des discours de remerciements entre deux fous-rires, et danser jusqu’à la tombée de la nuit... Mais le 5e et dernier match de la finale nous avait échappé des mains, le titre avec lui. Dès lors, mes coéquipières et moi, nous nous sommes quittées en silence après une monotone série de réunions.


J’en étais à rembobiner ma mémoire quand la sonnerie de mon téléphone retentit. Un nom apparut sur l’écran. Tony Parker.
 

  • Allô, Tony ?

  • Sandrine ! Comment vas-tu ?


Mieux qu’une finale perdue quelques jours plus tôt mais ça, il savait ce que ça produisait dans la tête… Après quelques minutes passées à prendre de nos nouvelles respectives, Tony reprit la main, tout en maîtrise. Ce n’était pas le meneur des Spurs qui m’appelait, mais le président de l’ASVEL. Il n’ignorait pas que je prévoyais de rejoindre un club d’Euroligue à partir de la mi-décembre et, de fait, que j’étais disponible pendant les deux mois d’intervalle…
 

  • Sandrine, c’est très ambitieux ce que je suis sur le point de te proposer. J’aimerais vraiment que tu puisses rejoindre l’équipe. Non seulement, nous avons une intérieure blessée mais nous avons besoin d’une grande joueuse expérimentée pour inculquer ce qu’est la culture de la gagne au groupe.

  • OK, Tony, je te promets d’y réfléchir vite et je te rappelle aussitôt.
     

Sur les images de la finale WNBA se plaquaient maintenant celles de mes débuts professionnels. Envisager un tel retour, c’était retrouver le championnat français que j’ai quitté il y a 10 ans ; c’était rejoindre une jeune équipe de l’ASVEL féminin, composée de 4 joueuses que j’avais côtoyées par le passé - Ingrid Tanqueray, Paoline Salagnac, Marième Badiane et Mélanie Plust ; c’était, surtout, endosser le rôle de leader que j’ai jusqu’ici peu mis à l’épreuve, découvrir la ville de naissance de mon mari, et profiter des joies d’évoluer en France !!
 

Deux mois pour sortir de sa zone et fouler un autre parquet. Deux mois de découvertes, un jour de battement, et trois mots prononcés d’emblée au téléphone le lendemain.
 

  • Allô Tony ! J’arrive…
     

J’arrivais même à grandes enjambées. Habituée à rejoindre de grands clubs - Ekaterinbourg, Fenerbahçe, Los Angeles Sparks -, je rejoignais cette fois un grand projet avec pour mission de contribuer à faire de l’ASVEL féminin un club viable, fiable, compétitif.
 

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Cercle vertueux


J’ai reçu un accueil chaleureux à Lyon. Tous les membres du club étaient aux petits soins, de David, le gardien de la salle, à Marie-Sophie Obama, la présidente du club, en passant par Olivier Ribotta, le directeur sportif. J’étais la bienvenue et tout le monde me le faisait savoir. Je me suis sentie comme à la maison. J’ai retrouvé un sentiment d’indépendance et d’autonomie jusqu’ici atténué par ma vie d’expatriée. Ravie d’être de retour dans un environnement connu ayant pour cri de guerre : « Common Gones ! »


Le 3 novembre dernier, soit dix ans après avoir quitté la ligue féminine avec l’USVO, je remettais le maillot d’un club français avec des frissons dans le dos. Pour le compte de la 6e journée, nous recevions La Roche-Vendée. Premier match et premier succès à domicile (83-59). Soulagement général… et ressentis bien particuliers : j’avais recroisé la route d’anciennes joueuses comme Bernadette Ngoyisa ou encore Mariame Dia, contre lesquelles j’avais jouées lorsque j’avais 18 ans. C’est à ce moment-là que je prenais conscience du temps qui s’était écoulé. Qu’avais-je accompli en 10 ans? Qu’avais-je gagné? Qui étais-je devenue? Est-ce que j’étais là où je voulais être?


Semaine après semaine, nous enchaînions les victoires, La Roche-Vendée, Nice puis Hainaut. Plus nous montions en gamme et plus j’étais déterminée à défier notre prochain adversaire: Bourges, un club emblématique du championnat français qui a remporté 3 Euroligue et 13 championnats de France depuis la création de la section féminine de basket en 1987. La rencontre avait lieu au Prado, le 2 décembre dernier. Nous avons été battues par plus fort (69-53). Notre inconstance et notre fragilité nous avaient rattrapées.

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En quatre rencontres, je m’étais accoutumée au championnat de France, l’un des plus homogènes d’Europe. J’y avais retrouvé cette ambiance familiale où le supporter invétéré multiplie les actes de gentillesse et de générosité. En l’espace de quelques semaines, j’avais pu saluer d’anciens coéquipiers de mon père se manifestant lors de mes matchs pour me dévoiler deux ou trois anecdotes le concernant. Enfin, j’avais eu l’opportunité d’évoluer devant mes proches, mes amis, ce qui m’était inhabituel et proprement stimulant, je le reconnais…


Et puis la mi-décembre est arrivée. J’ai accepté de rejoindre un club turc en devenir, Yakin Dogu, où évolue deux anciennes coéquipières, l’Américaine Jantel Lavender et la Belge Ann Wauters. Bagages à peine posés, voilà qu’il faut les reprendre. Mais ces deux mois de retour aux sources, de bain de jouvence, m’ont fait chaud au cœur. Tony, conserve bien mon numéro !


Je vous souhaite à tous une belle année 2018!


Sandrine  

 

 

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