Bonjour à toutes et tous, voilà, voilà, me revoilà ! Oui, je sais, j’ai été avare en nouvelles cet été, en partie dû à des changements de rythme et de vie – festivités de mariage, WNBA avec les Sparks de Los Angeles, signature à l’ASVEL … Ca bouge. Ca remue aussi !
Je reviens vers vous non seulement pour alimenter notre lien mais aussi pour aborder des thèmes transversaux sur le sport qui me sont chers. Analyses, réflexions, retours d’expérience…
Je me propose d’entamer cette série avec un éclairage sur le basket féminin vu des deux côtés de sa planète ronde, en Europe et aux Etats-Unis. En espérant qu’il soit digne d’intérêt. Bonne lecture !

 

 

    Pourquoi le basket féminin américain occupe-t-il le haut du panier…

 

 

Dans l’univers du basket, tout le monde connaît la NBA, ses stars, ses stats, son show. En version féminine aussi, le basket américain est au plus haut niveau . Invaincue aux Jeux olympiques depuis 1996, lauréate de sept des dix titres mondiaux décernés, la Team US truste les trophées. Il y a des raisons à ça, et je peux désormais en témoigner.
En effet, depuis maintenant dix ans, je suis confrontée à deux cultures complémentaires du basket moderne: d’un côté, le basket européen pour avoir évolué au sein de divers clubs européens (Ekaterinbourg, Fenerbahce), et de l’autre, le basket américain, en intégrant l’équipe des Los Angeles Sparks au cours des étés, depuis quatre ans maintenant. Un vécu, deux immersions qui me permettent d’appréhender au plus près la réalité de ce qui sépare les deux pôles d’une même discipline.
 

                                D’abord, du physique, du physique, et du physique…

Dix, cent, mille … Je ne compte pas le nombre de personnes qui me font part de leur admiration pour ces athlètes américaines. Carrure solide, musculature apparente, vitesse de déplacement et même la détente sèche de certaines leur permettant de réaliser le fameux dunk !

Nous sommes pourtant au pays du frites-burger-coca … Comment ces femmes peuvent donc atteindre des niveaux physiques inégalés ? Aux Etats-Unis, la formation est essentiellement basée sur le développement des qualités physiques de l’athlète en vue d’être compétitive dans les situations de un(e) contre un(e). Le physique est une condition sine qua non du devenir de l’athlète.
De 14 à 17 ans, ces jeunes filles rejoignent le lycée pour une saison qui se déroule d’octobre à mars, pendant lesquelles elles cumulent dix heures d’entraînement et deux matchs par semaine. On est loin de trouver pareille fréquence et intensité en Europe…
Lors de la période estivale de leurs quatre années de lycée, les plus prometteuses participent à un tournoi AAU* dans l’espoir de se faire remarquer (et démarcher) par les plus grandes écoles universitaires. Dans ce cas de figure, de 18 à 22 ans, elles se frottent à flux constants à la réalité du terrain en effectuant pratiquement vingt heures d’entraînement et deux matchs par semaine en NCAA**. A l’université, une journée-type dépend du programme scolaire de l’athlète, mais en tout et pour tout, c’est une heure de fonte, une heure d’entraînement individuel et deux heures d’entraînement collectif ! Là encore, ces standards made in US sont, à ma connaissance, uniques au monde.
 

Et en WNBA, c’est pareil ! Un cran au-dessus, c’est-à-dire en ligue professionnelle (WNBA), le programme athlétique devient plus… pro. Il se décompose comme suit :

  • L’heure de musculation est personnalisée, sachant toutefois que les muscles les plus sollicités par une joueuse – les abdominaux, les dorsaux, les fessiers, les quadriceps, les ischio-jambiers - sont travaillés au quotidien. Des séances de cardio sont ajoutées à toutes les sessions d’entraînements de faible intensité.

  • L’heure de travail individuel peut avoir lieu soit sur le terrain de basket - pour répéter sa gestuelle -, soit en salle vidéo - pour décrypter sa prestation.

  • Les deux heures consacrées au travail en équipe sont dédiées aux shoots et à des séquences de jeu… en opposition contre des hommes. Oui, des hommes. Car pour être meilleur, il faut se frotter à meilleur que soi !

Pendant presque dix ans, ces joueuses suivront un calendrier sportif très soutenu - égal à une joueuse professionnelle en France -, et juxtaposé à un programme scolaire à honorer.
Il existe toutefois un revers inavoué à ce programme instauré aux Etats-Unis : le nombre invraisemblable de blessures, certaines graves, nécessitant une opération chirurgicale, voire même l’arrêt définitif du basket. Si je suis personnellement partisane de l’effort, de la recherche du mieux et du meilleur, ce constat m’interpelle sur le respect du développement de l’athlète et de l’homme - ou de la femme – qui se trouve derrière…

 

                                       La “positive attitude” en toutes circonstances

C’est un trait caractéristique commun à toutes les athlètes américaines que j’ai connues ou que je côtoie : elles ont un mental en béton ! Et ce mental ne s’acquiert que si l’on a joué le jeu lors de la phase précédente, celle de la construction d’un physique. Passer des heures à s’entraîner permet d’apprendre le dépassement de soi, d’atteindre ses objectifs physiques et techniques et, ce faisant, d’acquérir (ou maintenir ou accentuer) une longueur d’avance sur ses concurrent(e)s. Par un effet domino, ce passage par la transpiration procure une confiance en soi qui nourrit les certitudes de la réussite pour l’intéressé(e).


“ The most time you spend in the gym is the way you grow separation with your competitors “ ***      - Kobe Bryant


La confiance en soi est une étape primordiale. Elle donne le sentiment d’être « inarrêtable » (« unstoppable » disent-elles). Je ne parle pas ici de l’attitude d’une personne bornée, obtuse, mais plutôt d’une phase de sérénité qui permet de faire face à n’importe quel défi. Et il y a un environnement qui stimule cet état de confiance : la “positive attitude”.

La positive attitude est un élément majeur de la culture américaine. Adopter une attitude positive, c’est aborder la vie avec sourire, entrain, motivation, détermination, en ayant un regard neuf au quotidien tout en se délestant des mauvaises expériences. C’est un comportement qui s’apprend et qui s’entretient. 
Nombreuses sont les citations positives qui font partie du paysage sportif. On les trouve principalement sur les murs des vestiaires, en salle de musculation et en salle de soins. Elles vous font face, vous « parlent ». D’une certaine manière, les murs vous envoient des messages… Quand une joueuse a le moral en berne, ces citations peuvent jouer un rôle moteur pour chasser ou enrayer les idées noires.
 

“ One small positive thought in the morning can change your whole day “ **** - Citation inscrite sur un tableau en salle de kiné à l’université USC de Los Angeles.


Plus largement, le sport fait partie intégrante de l’épanouissement de l’individu aux Etats-Unis. Il n’est pas considéré comme une option, un accessoire, mais comme un élément d’un tout dans la quête de la réussite. Dans cet état d’esprit, les sportif(ve)s de haut niveau, perçu(e)s comme des personnalités importantes, reçoivent une grande marque de considération et de respect de la part de la population. Où qu’il se trouve, l’athlète accosté à la sauvette sera immanquablement encouragé par des petits mots ou des petits gestes.

Enfin, si c’est une fierté nationale que de devenir une athlète olympique, c’est une fierté familiale que d’accéder à une grande université grâce à une bourse sportive. L’adolescent qui aura fait économiser à ses parents environ 40 000 € par an, et pour qui l’accès à une université de renom aurait été impossible sans le sport, boostera son degré d’implication. Il va alors tout entreprendre pour accéder au niveau professionnel.



                                     Une main d’un côté, cinq doigts de l’autre…

Les cultures américaine et européenne nourrissent une approche différente du jeu. Ce qui explique notamment qu’on peut gagner des matchs en inscrivant 90 points en WNBA, contre 65 points en moyenne en Euroleague.

En Europe, le système de jeu est le point de focalisation. La réussite de l’équipe dépend de la précision à exécuter des plans de jeu. C’est ainsi qu’une simple pose d’écran prend toute son importance, car sinon, la joueuse ne sera peut-être pas en mesure de créer une action vers le cercle ! Ce style de jeu est rassurant, sécurisant, et permet à l’entraîneur d’avoir un certain contrôle sur le choix des actions menées. La philosophie développée est, bien entendu, de marquer des paniers mais, surtout, d’en encaisser le moins possible.

Aux Etats-Unis, la notion de collectif est toute autre. Il s’inscrit dans la superposition d’individus en privilégiant l’attaque. Pour imager, le basket européen préconise la valeur de la main, le basket américain penche pour la valeur de cinq doigts… Pour ce dernier, il s’agit de faire parler ses qualités physiques, à travers ses aptitudes ou facilités dans le un contre un. Le jeu repose surtout sur des athlètes capables de se créer une action vers le cercle pour scorer. Moins de stratégie ou de combinaisons, plus d’énergie et d’inspiration… C’est showtime !

La notion de show est très présente. Le spectateur veut voir des paniers, donc, le jeu a été orienté pour satisfaire l’audience. Le match sera d’ailleurs arbitré dans cet esprit. Eh oui, il y a des règles aux Etats-Unis qui ne sont pas sifflées en Europe, comme celle des “trois secondes en défense”***** , favorisant l'agressivité de l’attaquante au panier.

Au-delà, notre entraîneur des Sparks - Brian Agler - a instauré une philosophie qui nous a rendues complètement indépendantes du système du jeu. Certes, nous possédons un lourd éventail de combinaisons à mémoriser, mais nous intégrons surtout les actions de jeu possibles en fonction de notre poste et de notre positionnement sur le terrain. En gros, nous disposons d’une liberté de manœuvre individuelle dès l’instant qu’elle est au service de la réussite. On nous fait… confiance, le maître-mot.

Si, à mes yeux, aucune des deux philosophies de jeu ne prend le pas sur l’autre, la vision américaine permet de voyager loin. Sa joueuse peut s’adapter à n’importe quel système de jeu, qui n’est rien d’autre qu’un enchaînement d’actions, ce qui est moins le cas en sens inverse: la joueuse européenne qui n’a pas la « caisse » éprouvera alors mille difficultés à se faire une place...

 

 

 

 

 

 


* Amateur Athletic Union
** National Collegiate Athletic Association
*** “Plus tu passes de temps à la salle, plus tu creuseras l’écart avec tes concurrents”
**** “La plus petite pensée positive d’un matin peut changer le cours d’une journée”
***** Règle qui interdit à une joueuse de rester seule plus de trois secondes dans la raquette
        quand elle joue en défense.

 

 

 

 

Comment