RESTO EXO DODO

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RESTO EXO DODO


Le quotidien d’une joueuse professionnelle de basket n’est pas forcément celui auquel on pense. Grossièrement, il se décompose en  trois phases majeures : on se restaure, on joue, et on dort comme le ferait ma nièce Noéline de deux ans !





Du temps de mon (long) passage à Ekaterinbourg, en Russie, mes journées se déroulaient quasiment à l’identique. À l’heure où pratiquement tout le monde commençait le travail, je dormais encore. Mon réveil sonnait vers 9 heures, ce qui me semblait déjà bien matinal ! J’avalais des oeufs brouillés en guise de petit-déjeuner et me rendais au gymnase pour réaliser ma séance de musculation, en prenant soin de boire mon shake par la suite : une bonne dose de protéines en poudre diluée dans du lait pour résorber mes fibres musculaires.  Au déjeuner, j’engloutissais le fameux repas des sportifs: un consistant plat de pâtes. L'après-midi, je faisais une sieste de deux heures avant d'enchaîner avec l'entraînement du soir. Après quoi, je dînais souvent au restaurant avec mon amie Tweety -de son vrai nom Deanna Nolan, américaine-. Nous fréquentions à tour de rôle toutes les tables qui proposaient leur carte en anglais, histoire de ne pas se trouver face à une drôle de surprise…
Quand aux matches, ils étaient toujours programmés à 19 heures. Et j’arrivais toujours à la salle à 17h15. À 17h30, j'étais strappée et en uniforme… prête à fouler le parquet. Dans le but d’augmenter mon niveau de confiance et de concentration, j’exécutais un rituel précis. Là où certaines lacent leur basket gauche avant la droite, enfilent les mêmes sous-vêtements, ou écoutent la même playlist, moi, je m’échauffais exactement de la même manière. Je débutais mon rituel en shootant, cinq power lay-ups* des deux côtés du panier, puis cinq tirs avec la planche. J’achevais mon tour du monde** avant de boucler ma routine avec des lancers-francs. Cinq était le nombre de paniers à rentrer et ce sur les dix positions choisies. Au final, je m’étirais et retournais au vestiaire dans la perspective du briefing de l'entraîneur.
À Ekaterinbourg, il m'était dès lors difficile d'étoffer mon agenda. De temps à autre, il m’arrivait d’être assise sur un quatre-roues motorisé avec Candace -Candace Parker, américaine-  à sillonner l’une des forêts enneigées de l’Oural. Mieux encore, trois fois par mois, je tentais de mémoriser l’alphabet cyrillique et la grammaire russe que m’enseignait ma professeure Ania! Et puis parfois, avec Tweety, nous avons eu l'occasion d’assister au spectacle du cirque du soleil, de participer à une dégustation de vins ou d’apprécier les airs jazzy d’un groupe. J’en garde des souvenirs émus tant ces moments précieux étaient rares.


Niveau de jeu et niveau de vie…


La solitude est un état dans lequel je me suis trop souvent retrouvée. Alors, j’y ai cherché des motifs de contentement. Non seulement elle ouvre la porte à une introspection d’envergure mais elle est propice à revenir sur les failles entrevues. C’est ainsi que j’ai appris à peaufiner mon jeu, à élever mes standards en me rapprochant d’un entraîneur individuel, d’un préparateur mental, en visualisant mes matchs pour analyser mes erreurs et retenir mes bonnes actions. Car tout athlète est fragile, perfectible, en demande constante de mieux, que ce soit pour prendre confiance ou… ne pas la perdre. Tenez, comme cette défaite lors du match décisif d’un quart de finale d’Euroligue -sous le maillot d’Ekaterinbourg contre Valence en avril 2012- qui m’avait fait plonger dans une spirale négative. La déception avait été compliquée à surmonter, surtout entourée des quatre murs blancs de mon appartement, où la seule présence d’un lézard aurait pu troubler le silence…
Vivre ensuite en Turquie puis en Italie m’a permis d’ouvrir mes horizons, de me créer un cercle social constitué de personnes étrangères au monde du basket. À Istanbul comme à Schio maintenant, je rencontre des expatriés aux scénarios de vie formidable ; je découvre les particularismes des villes qui m’accueillent ; je prends part à des activités en tout genre qui m’écartent du train-train habituel. Certes, depuis l’automne dernier, j’évolue dans un club italien qui n’a pas le lustre des précédents. Le niveau de jeu est inférieur à celui que j'ai fréquenté par le passé. Mais les liens sont forts entre nous. Je dirais même plus authentiques. J'apprécie la sincérité, le respect et la gentillesse des onze femmes dépourvues d’ego surdimensionné avec lesquelles je cohabite, avec lesquelles je coexiste même. Dès que je peux m’extraire de la monotonie du programme institué sous le toit d’un gymnase, le monde m’ouvre son champ des possibles. Oui, je me sens en vie !



À méditer : “Si vous pensez que l'aventure est dangereuse, essayez la routine : elle est mortelle.” Paulo Coelho ;



Sandrine


*Tir sous le cercle réalisé à pied joints.

** Enchaînement de tirs exécutés de cinq angles différents situés autour de la raquette.



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Et si on passait à l’acte cette fois ?

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Et si on passait à l’acte cette fois ?


La nuit de la Saint-Sylvestre s’accompagne souvent de vœux pieux et d’intentions louables me disait-on, adolescente. Mais la résignation et/ou l’oubli reprennent vite le dessus une fois adulte. Cette année, j’émets un souhait : la volonté d’être volontaire…




Une jolie robe, un bel ensemble, des accessoires de bon goût… C’est le jour - le soir plutôt – où les gens se mettent sur leur 31 ; où les rires s’enchaînent, les verres trinquent, les gorges se dénouent ; où on oublie un temps les tracasseries, où je quitte temporairement mon rebondissant compagnon Molten*, et puis les vœux s’échangent passé minuit… Ils proviennent de tout horizon, sont de toute nature, s’accompagnent d’embrassades ou tintent sur le smartphone : « Que Dieu te protège et t’accompagne dans toutes tes entreprises » ; celui-là est signé de mes proches les plus croyants ; « Je souhaite que tes voeux les plus chers se réalisent » ou encore « Que l’amour soit ton souffle de vie et le bonheur ton guide » pour les plus inspirés. Je reçois ces ondes positives avec amour et bienveillance. J’apprécie l’attention que m’accorde mon entourage même si certains pratiquent le rituel sans réelle conviction…



Mais avant de souhaiter qu’un rêve se réalise, encore faut-il en avoir. Depuis que mon bien-être est ma priorité, je suis en permanence en train de réfléchir à une façon d’être utile et épanouie. La période est propice aux bilans, à l’introspection. Dans mon esprit, une question en cache une autre, telle une poupée russe qui se démultiplie. « Est-ce que ma vie suit un sens cohérent qui me correspond ? » ; « Si tel n’est pas le cas , que  pourrais-je faire qui irait dans ce sens ? » ; « quels sont les moyens dont j’ai besoin pour réaliser mes projets ? » ; et puis celle-là qui taraude le lot de mes pensées : « qu’est-ce que j’attends pour commencer ? »…



Comme d’autres se promettent d’arrêter de fumer ou de perdre du poids, je me donne deux objectifs à terme : l’organisation de camps de basket et ma contribution à des aides humanitaires. En 2011, j’avais organisé un camp de basketball en Martinique au cours duquel Mathias Lessort s’était distingué au point d’être recruté par le club de Châlons-sur-Saône la même année, avant d’obtenir son ticket d’entrée en NBA en se faisant drafter en 2017 par les Philadelphia Sixers. Cette ascension est le fruit de son équilibre émotionnel, de sa détermination et des heures interminables qu’il a passées sur le terrain. Son parcours méritoire, exemplaire, me motive à en faire davantage pour d’autres jeunes qui, comme Mathias, aspirent à tenter l’aventure chez les pros.

Les effets secondaires de Lenny



Toutes les îles du bassin caribéen vivent sous un climat tropical où cohabitent régulièrement séisme, dépression, tempête tropicale, cyclone. Pratiquement chaque année, une île est sévèrement touchée par un cataclysme naturel. Je me souviens de celui qui avait frappé la Martinique en 1999, peu avant que je rejoigne la métropole : j’avais douze ans lorsque la présentatrice du JT de « Télé Martinique » avait annoncé l’approche du cyclone Lenny. Son arrivée sur l’île avait été prévue pour le 17 novembre.



Ma grand-mère, Gabrielle, qui est la femme formidable qui m’a élevé, avait anticipé l’imminence de ce sinistre au cours de la semaine d’intervalle qui nous en séparait. Elle savait qu’un cyclone ne signifiait pas seulement une mer démontée, des pluies diluviennes, des crues soudaines, des rues inondées, des arbres abattus, des voitures renversées, des toitures arrachées, des images spectaculaires, mais aussi et surtout rupture d’eau, coupure d’électricité et arrêt de toutes activités commerciales pendant au moins cinq jours en fonction des dégâts.. Elle s’était alors rendue dans divers supermarchés pour faire le plein de courses alimentaires, - principalement des denrées non périssables – mais aussi bougies, lampes torches, eau minérale et viande de porc. Pensez: elle n’était pas la seule à avoir eu cette idée et les ruptures de stocks n’ont pas tardé à apparaître.



À proximité de notre maison coulait un ruisseau. Par mesure de précaution, ma grand-mère eut tôt fait de canaliser son débit à l’aide de planches de bois. Une protection certes précaire mais nous nous sentions prêts à accueillir Lenny. Le jour venu, j’ai vu le ciel s’assombrir, des torrents de pluie dévaler la chaussée, un vent de plus de 200 km/h balayer tout ce qu’il trouvait sur son passage. Mes chiens, Max et Sando, s’étaient réfugiés,, sous le lit de la pièce la plus éloignée de la porte d’entrée. Leur flair, détectait aussi bien la nourriture que l’approche d’un gros temps ! Je n’étais guère mieux lotie qu’eux, calfeutrée chez moi en attendant que Lenny s’affaiblisse. Au petit matin, le calme revenait entre les tentures d’eau qui s’échappaient encore des nuages, mais de plus faible intensité que la veille. Le bilan ? Toute la côte ouest de la Martinique avait été dévastée, maisons soufflées, pontons d’accostage disloqués. Près de 180 personnes avaient perdu leur toit.



Pareil phénomène se produit quasiment chaque année, quelque part dans les Caraïbes. Aujourd’hui, près de vingt ans après le passage de Lenny, je me sens prête à porter secours. Ce qui m’avait tétanisé jeune fille me galvanise désormais. Être bénévole pour distribuer nourriture et vêtements, à celles et ceux frappés par les événements climatiques, pour porter également les premiers secours, pour enfin amener un sourire, une écoute à celles et ceux qui auraient tout perdu, démunis à l’idée de remonter la pente. Voilà un geste qui donnerait un sens à ma vie. Est-ce prématuré d’en parler sachant que ce n’est qu’un désir ? Probablement ! Mais l’évoquer ouvertement est un premier pas avant d’être suivi d’autres sur le terrain. Et vous, quels sont vos objectifs pour 2019, pour repartir comme neuf ?


Bonne Année à tous !


Sandrine


* Marque du ballon de basket FIBA.



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LE PERE NOËL AIME AUSSI LE SOLEIL…

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LE PERE NOËL AIME AUSSI LE SOLEIL…


On est bien loin des bonshommes de neige, des trottoirs verglacés, du trio moufles-écharpe-bonnet, ou même du chapon farci et sa ronde de marrons grillés. Et pourtant, on est bien en France… Mais, en Martinique, Noël a une toute autre saveur!


Comme tout enfant, j’aimais m’amuser, rire, chanter et danser. Dès lors, les fêtes annuelles que j’affectionnais le plus étaient Noël et Carnaval ! Toutefois, les célébrations du Réveillon ont occupé la première place dans mon coeur après un incident malencontreux.  lors d’un de mes défilés de rue. Les vacances de Carnaval durent une semaine en février, au cours de laquelle quatre jours sont bloqués/monopolisés par tous les adeptes du vidé. Courir le vidé consiste pour certains à se pavaner ou danser déguisé derrière un camion sur lequel est posé dix enceintes de 100 décibels minimum ! Pour d’autres, c’est  faire partie d’un groupe musical, assisté d’un orchestre qui entonne les refrains les plus populaires.


Je devais avoir onze ans, quand je dansais et chantais à tue-tête derrière l’unique char qui animait ma commune de Saint-Joseph…“woulé, sé woulé mwen ka woulé, tout’ kôté mwen ka fè mwen mal, mwen pé pa woulé enkô*.” J’étais alors en liesse quand des émanations de gaz lacrymogène se sont déposées sur mon visage outrageusement maquillé pour l’occasion. J’ai aussitôt ressenti une rapide sensation de brûlure puis une incapacité à ouvrir les yeux. J’étais épouvantée ! Tout à coup toute seule, désemparée et aveugle ! Il m’a fallu un petit quart d’heure pour recouvrer la vue à force de larmes. Moins d’une demi-heure plus tard, j’étais sur le palier de ma maison à raconter mes déboires à mes soeurs !   


Après avoir entendu plusieurs personnes de mon cercle proche évoquer les tumultes du carnaval de cette année-là, j’en avais conclu que courir le vidé devenait de plus en plus risqué pour la jeune ado que j’étais. Au moins, les Fêtes autour de la naissance du Christ transpiraient la compassion sans débordement périlleux. Je dis bien « autour de la naissance du Christ » car dès le 1er décembre, les groupes qui chantent noël organisent leur tournée dans des hangars, sur les places publiques, à la plage ou dans des salles de concert. J’aime chanter les cantiques de Noël sur le rythme embrasé des tambours où mon déhanché accompagne les changements de mesure. À ce moment précis, je ressens comme un envoûtement qui me procure une sensation de légèreté.  

🎶“ Pou nou les Martiniquais périod’ noël-la sacré,
pass nou ni la foi an dieu, nou ka fè kon lè zayeu.
Noël pou nou sé la vi, Noël pou nou sé la joi,
Piss ti Jézi ké vini
An nou chanté Noël “
🎶**



J’ai toujours aimé les promenades nocturnes mais ceux de la mi-décembre, étaient remarquables ! J’étais proprement émerveillée devant les illuminations qui enrubannaient les maisons. Des guirlandes lumineuses rampaient sur les troncs des arbres et dans les arbustes des jardins. D’autres dégringolaient le long des toitures, des portes et des fenêtres. Je passais devant un Père Noël et son traineau, un parterre de lutins rieurs, une crèche et ses rois mages… Un défilé de féérie une fois la nuit tombée. À croire que les habitants s’ingéniaient à faire mieux que l’année précédente… ou que leurs voisins !


Le dernier jour de classe de l’année tournait autour du 22 décembre. Je trépignais ! Ce Noël-là, j’avais environ treize ans et j’avais décidé de le passer chez ma cousine Véronique, son mari Thierry, et ses deux filles, Michelle et Florence. Chez Véronique, il y avait toujours une ambiance festive et je savais de fait à quoi m’en tenir. Les quatre frères et soeurs de son mari Thierry étaient également présents. Les préparatifs ont commencé au Pipiri chantant*** et la répartition des tâches s’est faite de façon très naturelle…


Les hommes se sont chargés de tuer et de découper le cochon et les femmes de s’accorder en cuisine. Oui, il y a encore de nombreux Martiniquais qui font de l’élevage et, à l’époque, l’abattage à domicile était encore autorisé. Je dois reconnaître qu’il est compliqué pour un Musulman pratiquant de passer Noël à la Martinique: le porc est mangé à toutes les sauces ! L’animal est grillé, roussi, préparé en chiktay, c’est à dire haché dans une sauce pimentée pour l’apéritif et également rehaussé aux quatre épices pour le boudin. Le boudin, c’est des mètres d’intestins de porc garni de sa viande ou au pain émietté, ou au lambi ou encore au poisson etc.


Mais depuis quelques années, le menu traditionnel de Noël est souvent complété par nos influences françaises… Foie gras, saumon fumé, fruits de mer, et même caviar parfois. En entrée, nous servons des tranches de jambon épicé, cuit au four, du boudin, des pâtés salés farcis à la viande de porc et des crudités pour nous donner bonne conscience ! Le plat de résistance coutumier est un ragoût de cochon entouré de pois d’angole et de choux de chine****. Et en dessert, c’est la fameuse bûche glacière ou pâtissière revisitée aux saveurs de chez nous! Tous ces plats, de la première assiette à la dernière, nous les avons préparés en chantant et en dansant ! En écoutant les potins aussi, les ragots, les commérages… Entre les poêles et les faitouts, voilà qui ajoutait du condiment aux préparatifs. Ah ! il s’en dit de belles dans les cuisines ! Et j’étais trop occupée à en rire…


Entretemps, le surplus de viande de porc frais est alors pesé et vendu à toutes les personnes intéressées. Pas besoin de prospectus ni de spot publicitaire ! Juste le bouche à oreille suffit pour assister à un défilé de personnes venues des quatre coins de Saint-Joseph. Le soir, de retour à mon domicile, j’ai raconté ma journée à qui voulait l’entendre. Et mes soeurs étaient les premières à en vouloir connaître les détails. Ce jour-là Véronique avait gravé dans ma mémoire l’un de mes meilleurs souvenirs de Noël… Parce que deux ans plus tard, je m’envolais à bord d’un Boeing 777 pour intégrer le centre fédéral de basket de Toulouse. Mon Noël de basketteuse commençait mais comment oublier le Noël martiniquais…


Bon et joyeux Noël à tous !


Sandrine



*Les chansons de carnaval sont inspirés de faits divers. Personne ne connait vraiment leur signification.
** Pour nous les Martiniquais , la période de Noël est sacrée parce qu’on à la foi en Dieu, comme nos aïeux. Pour nous, Noël, c’est la vie ; Pour nous, Noël c’est la joie, pour que le petit Jésus vienne, chantons Noël.
*** Chant du pipiri
**** Légumineuse et Tubercule de forme arrondi à la peau marron et au coeur blanc

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